« Ceci est le travail de toute ma vie. C’est ainsi que j’ai rêvé les enfers. Si j’ai vu juste, que les méchants se rassurent, l’éternité sera pour eux bien douce à supporter ».
Ce travail anonyme semblait allier plusieurs techniques telles que: sculpture, modelage, peinture, bois, tissus pour les décors et les draperies, enfin prises de vue en noir et blanc de « petites saynètes construites en profondeur, ornées d’os, de cornes et d’ailes de chauve-souris … Oeuvres éphémères, étonnantes et admirables, absurdes et anonymes », que leur inscription sur plaques photographiques faisait échapper au néant.
En 1980, Renaud Ditte tomba par hasard chez un bouquiniste parisien sur « La vie quotidienne de Satan au 19ème siècle », livre que Jac Remise en avait publié en 1978 aux éditions Balland. Il chercha et retrouva son auteur, qui eut la gentillesse de lui confier la série des 72 plaques originales, très abîmées, qui avaient servi à réaliser cet ouvrage au tirage somme toute demeuré confidentiel.

Renaud s’approprie alors cette œuvre méconnue, décide de rendre hommage à un anonyme en respectant scrupuleusement son travail, y compris dans sa naïveté, mais en créant totalement les couleurs inexistantes. Le modernisme de sa peinture éclate ici d’autant plus miraculeusement que ses pinceaux se mettent avec humour au service d’un certain retour au baroque alors que fleurit la mode des conceptuels en tout genre.
C’est ce qu’écrit alors, avec beaucoup de tendresse et d’humour, Charles Matton(2), l’artiste dans l’atelier de qui Renaud, parallèlement à ses études aux Beaux-Arts de Paris, pratique les mille techniques de réalisations picturales et sculpturales qui caractérisent son œuvre.
C’est après avoir vu l’exposition que Renaud présente en 1990 au château de Levallois-Perret à la Mac Cann Erickson, que Matton écrit :

A une époque où la plupart des jeunes artistes s'orientent, avec une docilité déroutante, vers les trois ou quatre voix dictées par le marché, Renaud Ditte me semble faire preuve d'une rare originalité car, lorsqu'on apprend que les nouveaux "conceptuels" américains s'approprient des oeuvres de Matisse ou de Picasso, lui, Renaud Ditte s'approprie une oeuvre méconnue et tente, sans utiliser donc aucun système de référence, de trouver à cette œuvre une équivalence contemporaine, il démontre alors, avec brio, sa modernité en même temps que son courage.
En d'autres termes, dans le courant d'un certain retour au baroque, il s'insère, selon moi, avec le courage particulier aux pionniers, dans l'inconnu d'un territoire que personne, à ma connaissance, n'a tenté d'explorer. Il faut dire aussi qu'il faut une grande pureté pour affronter le diable sans dommage… J'apprécie cette témérité…
Charles Matton
Exposition internationale HEY ACT III
On aurait pu croire le diable endormi, car c’est en 2015 seulement que Renaud Ditte est l’un des 62 artistes qui, venus du monde entier, participent à la grande exposition internationale HEY ACT III au musée de la Halle Saint-Pierre ( Paris 18ème ). Son travail avait attiré l’attention de Brian May, qui place un de ses tableaux en première page de son livre (3).

Par quelles nouvelles roueries de l’histoire des diables et des hommes, des anonymes et des grands de ce monde, cette œuvre de Renaud s’est-elle retrouvée tout l’été dans notre petite bourgade morvandelle ? Qu’on se rassure ! Il n’y a pas de diabolisme dans cette fantaisie. Le choix du sujet, Renaud Ditte le dit lui-même, n’est pas Satan.
« J’ai voulu faire resurgir en peinture et en couleurs une œuvre avant-gardiste, qui me semblait digne d’intérêt en ce qu’elle utilisait une multitude de techniques telles que sculpture, modelage, peinture, prises de vue en noir et blanc. Je rends simplement hommage à cet artiste anonyme, contemporain de Méliès, pour son inventivité autant que pour son humour. En espérant que ses Comic’s plutôt extravertis et relativement désenvoûtés ne vous effrayeront en rien ».
Non seulement ils n’effraient pas, mais ils provoquent notre sourire tout en faisant naître une sorte d’admiration pour la richesse, le relief et la luminosité des couleurs que l’artiste, maître de ses peintures à l’huile, sort de sa palette. On se prend à espérer que d’autres expositions nous permettront d’admirer la façon dont Renaud Ditte maîtrise d’autres techniques picturales adaptées à d’autres sujets.
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(1)Jac Remise, journaliste au Figaro Magazine, dessinateur et historien (1926-2016)
(2)Charles Matton (1931-2008) Utilise à la fois peinture, sculpture, dessin, photo, cinéma, écriture pour « décrypter les apparences »dit-il.
(3)Brian May, astrophysicien, collectionneur d’images stéréoscopiques, plus connu internationalement comme guitariste du groupe Queen. En 2013, il cosigne avec Denis Pellerin et Paula Fleming un ouvrage de 280 pages sur le thème des diableries.
Le livre présente quelques 150 plaques colorisées, photographiées en stéréoscopie, et présentées avec une visionneuse conçue par Brian May pour vision en 3D. https://www.diableries.co.uk/
